Incroyable, il fait beau et chaud ce soir, les gens l'ont bien compris: le théatre est plein... Difficile de trouver une place potable à moins de prendre de la hauteur.

Les Nico Wayne Toussaint Blues Band attaquent les premiers avec un blues pas très propre, impression renforcée par le jeu d'harmonica (communément appelée "ruine babines" - c'était la minute culturelle) du Nico en question. Ce dernier porte un costume vert-fluo du plus mauvais gout (un peu dans le genre The Mask) mais il ne ménage pas sa peine pour chauffer le public et y arrivera sans problème. Bien sympatique, la mise en bouche par ces gars du sud-ouest !

magic_slim.jpg On change alors de tranche d'âge avec Magic Slim & The Teardrops, puisque le Magic a 70 balais au compteur et plus toutes ses dents. Légende vivante du Chicago Blues, il est accompagné de son groupe de toujours qui débute seul le show. On s'interroge sur le guitariste, c'est lui ou pas lui, finalement non, l'authentique Slim (pas slim du tout, il est immense) arrivant pour le second titre à une allure pachydermique mais presque, vêtu de noir et coiffé d'un chapeau.

Par des gestes très lents, il enfilera sa courroie, la guitare parait toute petite entre ses mains (maçon le jour, gratteux le soir). Le guitariste des Teardrops s'efface alors et c'est parti pour du blues bien rugueux, sans fioritures mais tellement bon. D'abord instrumental, il ne tarde pas à chanter avec une voix un peu voilée et envoutante. Les morceaux s'étirent pas mal et s'en est presque hypnotique, on reste scotché au son de sa gratte mixée très en avant. Derrière, la maison est solide.

S'il marmonne quelques commentaires inter-chansons, c'est pas très compréhensible (enfin il paraît content d'être ici). Par contre son toucher de guitare est impressionnant, deux onglets sur le pouce et l'index pour un jeu puissant et sauvage. Aucun sentiment de répétition dans le répertoire de ce soir, le bonhomme connaitrait 500 thèmes... forcément ! Il aurait même joué plus longtemps si des petits signes des loges ne demandaient de laisser la place pour la suite !

La suite, justement, c'est une autre légende de la soul music cette fois.

Al Green, sexagénaire, s'est fendu pendant la première moitié des 70's d'albums très... sensuels qui trustèrent les charts de l'époque. Après quelques incidents personnels, il se tourna vers l'église et le gospel pour y rester une quinzaine d'années, devenant pasteur. Son retour s'est fait plus marquant au début de ce siècle avec 2 albums qui reprenaient l'ouvrage là où il s'était arrêté 25 ans auparavant.

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La configuration de ce soir est fournie avec, entre autres, une section cuivre, 2 choristes, 2 guitares, 2 claviers, ... et lorsque le premier titre part, Mr Al arrive, très chic: costume noir, chemise blanche à jabot et souliers vernis. Il est très vite rejoint par 2 danseurs bleus de la tête aux pieds, portant une veste de coupe immonde et présentant une chorégraphie kitsch à l'extrème... Déstabilisant tout çà !!!

Les 2 schtroumpfs disparaissent mais çà ne s'arrange pas beaucoup: on nous sert déjà la présentation des musiciens (et ils sont nombreux). Al Green cabotine à souhait, lance des fleurs au public et se marre sans cesse... Côté chant, c'est dur de se faire une idée puisque qu'aucune chanson n'est vraiment bien tenue jusqu'au bout. Le révérend enchaine par son jeu des reprises des autres qui durent une minute si bien qu'on n'a toujours pas l'impression que le concert ait commencé alors que la soirée est bien entamée...

Cà ira mieux sur la fin avec quelques standards et un peu plus de concentration, le danseurs reviendront changés (ils mixeront leur panoplie bleue avec une blanche, terrible) et on perçoit quelques secondes la voix miraculeuse du monsieur avant qu'il ne la force à nouveau.

Sympathique mais décevant, le révérend... surtout par rapport aux prestations d'un autre grand de la soul, le king Solomon Burke. Que ce soit à Vienne en 2004 ou à Lyon l'année suivante, il avait délivré 2 shows euphorisants devant une cour conquise.